LA LIGNE D’ERMONT A ARGENTEUIL

Avant l’ère des chemins de fer la population se déplaçait à pied ou à cheval. Les grandes distances sont celles des pèlerinages, principal objet de ces déplacements, dans ce cas le trajet se fait pour la plus grande part à pied. Par contre, pour les distances moyennes, ceux des foires ou marchés ils se font à pied ou par les voitures publiques. Certains bourgeois se déplaçaient à cheval, ainsi le banquier Lumague qui habitait Sannois au XVIIème siècle se rendait à son domicile parisien, rue Saint Merri, en moins d’une heure mais ce n’est qu’une exception!
Le XIXème siècle va modifier profondément les transports, à partir de cette époque, dès 1846 le peuple de notre région pouvait aller d’Ermont à Paris en 27 minutes, une vraie révolution puisqu’il suffisait d’une demi heure à un sannoisien pour se rendre à la gare d’Ermont alors que les diligences au XVIIIème siècle mettaient 2 heures et demi à 3 heures, les piétons 4 à 5 heures pour ce même trajet. Grâce à l’environnement de ces lignes de chemin de fer notre commune était bien desservie. Par Ermont on pouvait se rendre à Paris-Nord ou à Creil en passant par St Ouen l’Aumône et par Argenteuil, en se rendant de l’autre côté du pont à péage, on pouvait se rendre à la gare St-Lazare, à Versailles ou depuis 1851 à Saint Germain en Laye. Mais la Compagnie de l’Ouest avait un autre projet : desservir Dieppe, plus modestement par la suite Gisors. Pour cela une ligne devait franchir la Seine puis passant à Sannois et évitant sur sa droite la station d’Ermont se dirigeait par Franconville, bifurquant avant la première gare de Pontoise, traversait l’Oise et desservait Pontoise avant de rejoindre son terminus. En 1856 la Mairie d’Argenteuil eut à discuter de ce projet.

Remarque : la station d’Argenteuil était terminus à la descente du pont routier côté Colombes, la gare de Cernay n’existait pas, la gare de Pontoise se trouvait à Epluches, hameau de Saint Ouen L’Aumône.

Les villes d’Argenteuil et Pontoise pourront ainsi être desservies. Les études vont apporter une modification du projet, un embranchement reliera la ligne en direction de Paris, ce qui provoquera le déplacement de la gare d’Ermont à la limite d’Eaubonne. La concession est accordée le 10 janvier 1856. En novembre de la même année le Conseil général émet un voeu recommandant l’acceptation de cette ligne. Un gros problème surgissait car elle empruntait les voies d’une autre Compagnie de chemin de fer. En 1860, le Maire de Sannois Challot, devant les lenteurs administratives, adresse une lettre au Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics : " les Turcarets* du Nord persistent dans leur mauvais vouloir à l’égard de notre pauvre raccordement " il demande une pétition par les conseillers des communes intéressées, il faudrait aussi stimuler le maire de Gisors qui avait fait publier sur les journaux l’annonce par le Ministre de travaux entre Argenteuil et Ermont, une convention est signée entre l’Etat, la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest et celle du Nord fin 1860.
*Turcaret : comédie de Lesage.

Le pont d'Argenteuil vers 1865

Enfin les travaux sont entrepris en 1862. La nouvelle ligne partant de Colombes franchit la Seine par un pont métallique dont une partie sera fabriquée par les Etablissements Joly à Argenteuil. Une nouvelle gare située près du bourg d’Argenteuil est construite, nous ignorons comment elle se présentait, le peintre Monet en a laissé un tableau mais l’importance des vapeurs ne permet pas de distinguer l’ensemble. Pour les usagers elle aura l’avantage de ne plus les obliger à franchir le pont à péage donc de ne plus payer les quelques centimes pour un passage à pied, cette ligne se poursuit en tranchée en direction de la route impériale N° 14 qui traverse le bas de Sannois. Celle-ci est franchie à niveau et nécessitera la pose de barrières pour éviter les accidents. La gare de Sannois sera construite côté nord de cette traversée. Le courrier du Ministre de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux Publics au Préfet de Seine et Oise le 14 mai 1862 nous en donne la description : " Les dispositions générales de cette station sont conformes à celles des gares du réseau du Nord. Elle comportera un bâtiment principal, avec abri sur le côté opposé, deux quais de voyageurs, de 150 mètres de longueur chacun, deux pavillons, l’un pour cabinets d’aisance, l’autre pour la pompe à incendie, une maison pour le gardien du passage à niveau, un quai à bestiaux, une halle couverte avec bascule de 30 tonnes et gabarits de chargements et emplacements pour dépôts de plâtres et charbons, avec des voies spéciales pour les desservir.
Il est à remarquer que ce projet donne une place importante aux marchandises alors que sur la ligne principale à Ermont ce service n’est pas encore ouvert. La ligne continue en talus jusqu’à la limite d’Ermont, franchissant le chemin des épinettes par un passage supérieur, et ensuite à niveau jusqu’au raccordement avec la ligne de Pontoise. La halte de Cernay ne sera ouverte qu’en 1889. Afin de faciliter les travaux un embranchement est prévu en direction de Paris, c’est lui dans cette direction, provoquant le déplacement de la gare d’Ermont autour de cette bifurcation à la limite d’Ermont et d’Eaubonne, ce qui, plus tard, fera donner le nom de gare d’Ermont-Eaubonne à cette station. Comme pour Argenteuil nous ne la connaissons pas puisqu’elle fut transformée en 1878.

La gare d'Ermont-Eaubonne, construite en 1878

L’ensemble de cette opération fut réalisé rapidement. La concession, nous l’avons vu plus haut, date de 1856, les études durèrent cinq ans, les travaux furent exécutés en 1862/1863, il est vrai qu’elle est relativement courte : 5 kilomètres 538. Le montant des dépenses d’établissement s’élevait au 31 décembre 1869 à 5 009 297, 80 francs. La mairie de Sannois espérait que l’ouverture se ferait le 28 juin 1863, en présence de la Princesse Mathilde ; un courrier de la Compagnie de l’Ouest explique à Monsieur Th. de Maréol, secrétaire des commandements de S. A. I. la Princesse Mathilde, que seule la section Colombes Argenteuil sera ouverte le premier juillet et encore sur une seule voie, ajoutant que la Compagnie du Nord ne pourra ouvrir la section Ermont Argenteuil que le premier août. L’inauguration eut lieu le 13 août 1863 en présence de la Princesse, celle-ci cousine de l’Empereur Napoléon III, résidait l’été dans son château de Saint Gratien et vraisemblablement eut une influence sur la rapidité des travaux. Après la chute de l’Empire elle continua d’habiter ce château une partie de l’année jusqu’à son décès en 1904. Les Sannoisiens la virent fréquemment venir prendre le train à la gare de Sannois pour se rendre à St-Lazare plus proche de son domicile parisien de la rue de Courcelles.

La gare St-Lazare, fin XIXème siècle